Saisons
Sakura
On dit que la raison pour laquelle les Japonais aiment tant les fleurs de cerisier n'est pas seulement pour leur beauté en pleine floraison, mais aussi pour leur « caractère éphémère », car elles disparaissent en quelques jours seulement. Au Japon, il existe un sens esthétique connu sous le nom de « Mono no knowledge », qui correspond à un sentiment de beauté et de tristesse face aux choses qui changent. Nous voyons l'éclat de la vie dans les fleurs de cerisier qui tombent. Les fleurs de cerisier sont de belles horloges qui nous enseignent que la vie est aussi un moment de brillance éphémère.
Le printemps au Japon, c'est aussi la saison des adieux et des rencontres. L’année fiscale pour les écoles et entreprises japonaises commence en avril. Les fleurs de cerisier qui supportent le long et rigoureux hiver et fleurissent d’un seul coup sont également une fanfare pour célébrer les nouveaux départs dans la vie, comme l’obtention du diplôme, l’admission à l’école et l’emploi. Il a un aspect gracieux en bordure de dispersion et une vigueur qui fleurit au-delà de l’hiver. Cette fleur de cerisier, qui a à la fois « la mort et la renaissance », continue de remuer les âmes des Japonais.


Mujo (MUJO)
Alors que la civilisation occidentale, symbolisée par l'architecture en pierre, accordait de la valeur à « l'éternité » et à « l'immuabilité », la culture japonaise repose sur « l'impermanence », ou sur le fait bouddhiste selon lequel « tout change et rien ne dure éternellement ».
Le contexte de la formation de cette vision unique de la vie et de la mort réside dans l'environnement géographique du Japon, avec ses changements dramatiques au cours des quatre saisons. Tout comme les fleurs de cerisier au printemps et les feuilles d’automne, la beauté du monde naturel change constamment et ne reste jamais la même. Dans cet environnement, les Japonais ont accepté le fait que les événements ont toujours une fin (limite de temps) et ont donc développé un sentiment de valeur selon lequel le moment qui se présente à eux est rare.
Plutôt que de rejeter le changement, nous acceptons le changement lui-même comme une loi naturelle. Cette sensibilité à trouver la beauté dans l’éphémère n’est pas du pessimisme, mais plutôt une façon de penser réaliste pour reconnaître le présent, qui ne reviendra jamais.
72 saisons
Les Japonais divisaient les quatre saisons en parties plus petites et nommaient les changements dans la nature qui se produisent tous les cinq jours. « Dégeler la brise printanière » et « Rire pour la première fois avec une pêche ». Ce calendrier, basé sur le mouvement du soleil, a été utilisé comme indicateur agricole pour déterminer le moment des semailles et des récoltes, et comme guide de style de vie pour les événements saisonniers. Sensibilité aux légers changements de température, à l’odeur du vent et au bourgeonnement des fleurs et des plantes. Il s'agit d'une systématisation des riches sensibilités du peuple japonais qui ressent les moindres changements dans la nature et constitue une boussole pratique pour vivre en harmonie avec la nature et les rythmes de la terre.


Yukimi
Il existe une culture où les gens non seulement regardent les fleurs, mais apprécient également les paysages froids et enneigés en tant que « yukimi » (observation de la neige), buvant du saké et appréciant le paysage. Cette obsession se reflète également dans le style architectural unique du Japon. Dans les maisons japonaises, il existe un luminaire appelé « yukimi shoji », dans lequel seule la moitié inférieure du shoji est en verre et sert uniquement à observer la neige accumulée lorsque l'on est assis dans la pièce. La neige, qui absorbe le son et teint le monde d’une couleur blanche unie, est un symbole de purification qui nettoie tout sur terre. Plutôt que de déplorer les désagréments du froid, utilisez le cadre de la fenêtre comme cadre photo et profitez du paysage comme s'il s'agissait d'une peinture à l'encre. La façon traditionnelle de passer l’hiver au Japon est de transformer même la dureté de la nature en art.
Vestiges (NAGORI)
L’origine du mot japonais « Nagori » serait « Nami-nokori ». Comme l'eau de mer et l'écume qui restent sur la plage après le retrait des vagues, ces mots expriment le regret de la présence et de la rémanence qui subsistent après le passage d'une saison.
Lorsque les Japonais apprécient les ingrédients et les saisons, ils les divisent en trois périodes. « Hashiri » célèbre l'arrivée de la saison, « Shun » célèbre le pic de la saison et « Nagori » regrette la fin de la saison. Par exemple, les feuilles d'automne qui fleurissent sur les arbres sont belles, mais lorsque le tapis de feuilles mortes se disperse et teint le sol comme un vestige de l'automne, vous pouvez sentir les dernières flammes de l'automne qui s'estompe et les traces de l'hiver.
En d’autres termes, la valeur ne réside pas seulement dans le pic de la saison, mais aussi dans la saveur profonde des ingrédients sur le point de finir et dans la beauté de la maturité du paysage après leur disparition. Plutôt que de pleurer le passage du temps, c’est un sens sophistiqué de la beauté qui nous permet de tout chérir.
